Skate or die Par CheriBibi, le 23 octobre 2013

La place de la République est refaite à neuf. Bagnoles et motos ne tournent plus autour de la statue. C’est beau, c’est propre, y’a même un café branché à la place du manège en chantier. Le sol est lisse, idéal pour le skate-board. Du moins c’est ce qu’ont l’air de penser la vingtaine de pratiquants d’âge divers qui skatent l’endroit à toute heure dans le fracas des planches rebondissantes.
Mais la nouvelle place est également idéale pour simplement squatter, se rassembler, se rendre visible et donner de la voix. Du moins c’est ce qu’on a tous pensé, nous les exténués, les excédés et les fauchés par une conjoncture qu’il est totalement has-been –paraît-il– d’appeler capitaliste.
Depuis quelques temps, très régulièrement voire quotidiennement cette dernière semaine, les camarades de l’asso Droit Au Logement –femmes, hommes, enfants- appellent à y manifester pour le droit fondamental d’avoir un toit au-dessus de la tête quelque soit la météo nationale. D’autant que des lois votées en ce sens attendent toujours une application, fusse-t-elle paresseuse.
Or même présentée avec une rose à la main, la météo nationale est toujours celle du Capital. Surtout dans une capitale transformée en vitrine pour touristes et bourgeois à fort pouvoir de crachat (sur les pauvres). Bref, aux coups de pression des forces de l’État policé (c’est-à-dire prétendument « de gôche ») durant toute la semaine dernière, ont suivis ce samedi 19 octobre les coups de bottes appliqués avec la rigueur consciencieuse du prestige de l’uniforme.

L’uniforme contre la différence, vieille rengaine fasciste dans l’air du (sale) temps.

Pour les tenants de la preuve par l’image, la vidéo ci-dessous prouve que le changement c’est maintenant… vu que ça faisait un certain temps, malgré le règne récent de l’ignoble Sarko (figure du super-vilain ultime pour bien des intérimaires de la révolte), qu’une petite manif de très pacifiques mal-logés s’en était pas pris autant dans les côtes. La fracture sociale appliquée à la lettre.


Ne croyez pas pour autant qu’on joue les surpris. Quiconque a un tant soit peu battu le pavé avec ses frères et sœurs de misère ne s’étonne plus guère de voir les chiens policiers s’abattre sur des femmes enceintes, des enfants et des vieux (désolé Babar et Malika !) ne rendant pas les coups. Non, rien de nouveau. Hélas.
Par contre, savez-vous ce qui m’a vraiment choqué ? Oh, ça pourrait passer pour un « détail » de cette histoire si ce n’avait pas été si tristement révélateur : un soir de cette semaine dernière, une petite délégation de skateurs d’une bonne vingtaine d’années est venu voir les manifestants pour demander « Vous allez encore rester longtemps ? Parce que la place est à tout le monde hein ! »

Pauvres petits chéris, de vilains sans abris les empêchent de faire joujou avec leurs planches à roulettes. Pauvres petits débiles en jeans slim et bonnet de laine, des familles n’ayant nulle part où aller les gênent pour slalomer…

Voilà. Ça c’est réellement désespérant. Et ne croyez pas que ça changerait grand chose de leur causer des prémices énervés de la culture skate underground aux US, de Minor Threat ou des enragés Big Boys (cf l’ChériBibi 2), texans anars et pédés bien loin du cliché aseptisé du « punk à roulettes » façon Sum 41… Quand un « true rebel » post-adolescent est capable d’effectuer des figures de style entre des gamins privés de foyer sans que ça lui pose une autre sorte de probloc que celui de la place dont il dispose pour faire mumuse avec sa planche, sa mèche et sa moustache, on peut être sûr que la société qui a engendré ce crétin est foutrement mal barrée.

Au moins on aura enfin pigé ce que signifie le slogan « skate or die » : pendant que les uns skatent, les autres peuvent crever.

2 commentaires | Ajoutez le vôtre

  1. zediri malika - 23/10/2013 à 10:40

    merci Daniel …

  2. APEIS SARTHE - 23/10/2013 à 23:55

    Bravo Daniel pour ton article, comment vas-tu ???!!!

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