Actus Chéribibesques

Poison d’avril Publié le 1 avril 2014, par CheriBibi

« Sur l’avenir, l’opinion publique est moins faite de l’ensemble des opinions de chacun que des opinions que chacun se fait de l’opinion des autres. » 
(Auguste Detoeuf, Propos de O.L. Barenton, confiseur, 1962)

Et voilà, c’est chaque fois la même : profitant du fait que je bosse d’arrache-panard sur le prochain ChériBibi au fond de ma retraite monastique (ce qui ne signifie pas qu’une petite vieille m’astique mais que je m’isole du monde quelques longues secondes, ne me nourrissant que de steak haché recouvert de cancoillotte, d’une pincée de piment de Cayenne et d’un œuf à cheval, une antique recette de cowboy solitaire que je fais passer en ne me désaltérant qu’aux Côteaux du Vendômois 2012 vu que j’en ai détourné les réserves mondiales -cf épisode précédent- et que ça prend de la place dans mon deux pièces – cuisine)… Diable, où en étais-je ?
Ah oui, les infâmes !
Profitant donc que mon attention fusse détournée par l’exercice de mes fonctions chéribibines, voilà-t-y pas que mes compatriotes –la plupart de surcroît cons d’patriotes– enchaînent les conneries et livrent la France éternellement assoupie aux anneaux avides du susurrant serpent sorti sournois des sous-bois de l’Histoire qui se répète jusqu’à ce que ça pète.
En gros, le bateau prend l’eau, livré qu’il est aux gars de la Marine, et la tasse a un goût de vinasse, le genre qui fait puer de la gueule sévère.

Quoiqu’avant qu’ils ne me collent une balle dans la nuque au dessus de la fosse réservée aux utopistes nostalgiques de la Commune, je tient à tirer mon chapeau aux fachos car c’était pas mal joué, même s’il fallait être aveugle ou membre du Parti Socialiste pour ne pas s’y attendre… et que la lâcheté sociale de ce dernier leur a bel et bien préparé le terrain.

Résumons les faits dans l’ordre (nouveau) :
Porté par les espoirs des enfants de 1968, le Parti Socialiste remporte les élections de 1981. Moins de deux ans plus tard, il renonce officiellement à toute rupture avec le système économico-social en vigueur. Ceux qui avaient –de joie– les larmes aux yeux en 81 commencent à les trouver amères.
Durant les décennies suivantes, le bipartisme (PS d’un côté et RPR puis UMP de l’autre) s’installe au concours électoral de celui qui lave plus blanc sans changer l’eau croupie de l’essoreuse capitaliste. Les classes dites populaires (ce qu’on appelait « la classe ouvrière » avant d’affirmer péremptoirement sa soi-disante disparition), elles, se font essorer pareil.
Le Parti Communiste se prend les pieds dans le tapis (alors que le PS, lui, se prend les pieds dans le Tapie mais se relève avec l’air du type qui n’a rien vu… Pas vu pas pris) ou plutôt dans le paillasson vu qu’il ne fait même plus de porte-à-porte dans les HLM, occupé qu’il est à négocier le prix de ses derniers fauteuils.
À sa droite –enfin, plus à droite encore que le PS et le RPR/UMP (si si, c’est possible)–, un petit groupuscule de nostalgiques du Moyen-âge ayant détourné sans gêne aucune le nom d’un front de la Résistance –le Front National– commence à se sentir pousser des Heil ! à force de servir d’épouvantail pour réélire PS et RPR/UMP. Sauf que le führer de ce ramassis d’anciens et nouveaux collabos, un tortionnaire à l’œil de verre appelé Jean-Marie (la légende dit que c’est en voyant la tronche de sa benjamine à la maternité que son œil s’est suicidé), s’en foutait un peu trop de la politique locale, genre gérer une municipalité, ce type de truc trivial. Il visait direct la présidence quitte à brûler les étapes dans son impatience à rallumer les fours crématoires.
Sa progéniture, elle, l’a joué plus fine. Pigeant qu’à se laisser déguiser en épouvantail, le FN allait encore se retrouver sur la paille, dépouillé de ses idées -donc de ses voix- par les pompes de l’Élysée, elle a tout misé sur « la proximité » avec ceux qui bouffent des nouilles à tous les repas, du moins quand leurs gamins en ramènent un collier pour la fête des mères.
Enfin, une « proximité » sélective car le fond de marmite du FN n’a pas changé, il s’agit toujours de dresser les nouilles « de souche » contre les nouilles aux beurs… Et puis les juifs, comme bouc-émissaires, c’est un peu passé de mode malgré les efforts récents d’un ex-humoriste qui, de toute façon, est un copain (pas à moi, hein !). Tandis que les islamo-gauchistes, même les lecteurs de Charlie Hebdo en ont peur.

Et surtout… surtout… à force de voter successivement pour le PS ou l’UMP sans trop voir la différence dans son assiette, l’électeur finit par trouver appétissantes les vieilles recettes « nationales-socialistes » qu’il n’a jamais goûté pour le vrai. D’autant que ceux qui y ont gouté par le passé ne sont plus là pour en témoigner, ayant fait une mauvaise chute dans les douches au fin fond de la Pologne.

Bref, on en est à ce triste stade (de France) : le FN de fifille, parti historiquement bourgeois, se paye un lifting, gagne une assise populaire et reprend ses rêves de conquête à la base, c’est-à-dire à l’échelon municipal.
En face, l’anticommunisme viscéral de la petite bourgeoisie sociale-démocrate sape les derniers bastions (enfin, pas tous mais presque) de l’histoire ouvrière combative. Comme le disaient des camarades de Villejuif, ville historiquement de gauche emportée par l’UMP grâce à cette haine du rouge primaire qui rallie aussi bien « Verts » que sociaux-traitres « Divers gauche », la gentrification de nos banlieues et, plus largement, de nos quartiers populaires a apporté dans les urnes le ressentiment d’une petite bourgeoisie / classe moyenne économiquement chassée du centre des grandes villes vers la périphérie… mais qui n’a jamais pu se faire à l’idée de cette « mise au ban » en banlieue et par conséquent de n’être plus au centre (des attentions). Il y a de la haine de classe là-dedans. Le mégalo projet du « Grand Paris » en est la triste preuve.

Soyons clairs, ce ne sont pas les prolos, les chômeurs et les pauvres en général qui sont responsables de la montée du fascisme vers le pouvoir (absolu). Ni chez nous, ni ailleurs, ni par l’abstention, ni même par un bulletin brun dans une urne pas si transparente que ça. Aujourd’hui comme hier, avec Le Pen comme avec Hitler, ce qui nourri le fascisme c’est la misère.
Et la misère, elle vient toujours des appétits d’en haut, pas des choix d’en bas, fussent-ils bien peu judicieux et, au final, lourds de conséquences aggravantes.

Alors étant donné qu’on peut s’énerver à juste titre de l’amnésie des peuples à réélire encore et toujours les mêmes gugusses, les mêmes escrocs, les mêmes responsables du sang contaminé, de l’explosion d’AZF, des cancers nucléaires du Pacifique et des suicides chez Orange (ex-France Télécom), bref, les mêmes auto-amnistiés perpétuels, je ne vois rien que d’hélas très normal à vouloir essayer autre chose. Ou plutôt la même chose quand elle est présenté sous une autre étiquette (bleue marine en l’occurrence). Faut bien que les publicitaires servent à quelque chose, ces connards.
Du reste, on n’a pas attendu l’extrème-droite officielle au pouvoir pour subir des lois liberticides, des expulsions à la frontière, des crimes racistes et policiers vite pardonnés, des immigrés et des chômeurs perpétuellement stigmatisés. Et le pire à venir, peut-être, c’est quand on va s’apercevoir que la politique des villes aux mains armées du FN ne sera pas si différente de celle menée depuis des années par le PS et l’UMP au niveau local (et national et international). Il ne faudra pas oublier, alors, que ceux qui ont livré aux habits neufs du fascisme nos populations affaiblies sont les mêmes enflures qui gouvernent le pays depuis des décennies.
Et l’uniforme des flics qui nous tabasserons ne changera même pas de couleur, ce qui fait des économies.

Passé la soi-disante gueule de bois (comme si on s’attendait à autre chose, franchement…), s’agit de continuer à proposer de la fraternité, à échanger de la richesse culturelle –à défaut d’économique- et des petits bonheurs qui donnent de la vigueur. Pour toute autre forme d’insurrection, voyez directos avec mon avocat.
Bref, ton ChériBibi laissera des traces d’ADN lors d’un certain nombre de constructions de situations dans les mois qui viennent. À commencer par projeter des films tous les 15 jours au Dilengo, squat sis 85 rue Molière à Ivry sur Seine (la banlieue rouge qui bouge… ou plutôt ne bouge pas vu qu’on reste rouges, justement, ah ah !). Ouvert en août 2013, le squat abrite plusieurs familles (Roms pour la majorité) ainsi que tout un tas d’activités allant de la boxe aux cours de langue (arabe, romani, français). Y’a une super belle salle de projo donc viendez souffler aux « Jeudis de ChériBibi »  ! En plus c’est (évidemment) gratos…

Pour vous la faire dans la chronologie… et du coup balancer nos autres activités éminemment plus subversives qu’il n’y paraît :
Jeudi 3 avril, 20h30 au Dilengo, projection de Companeros !, western Zapata de Sergio Corbucci (1970, cf l’ChériBibi n°2).

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Jeudi 10 avril, de 20h30 à 22h, ChériBibi squatte les ondes de Radio Libertaire (89.4 en région parisienne) pour une émission Entre Chiens Et Loups sur les racines du rock et ses diverses branches, du reggae au hip-hop.

Jeudi 17 avril, 20h30 au Dilengo, projection de La 36e Chambre de Shaolin, kung-fu anticolonialiste de Liu Chia-Liang (1978, aka Master Killer, cf l’ChériBibi n°3).

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Vendredi 18 avril, après avoir assisté émerveillés au concert des 8°6 Crew à La Maroquinerie, venez danser toute la nuit (c’est-à-dire de 23h à 5h du mat’) au son du ChériBibeat Sound-System à La Cantada pour la 3e Night Of The Living Vinyl !

Samedi 19 et dimanche 20 avril, le ChériBibi vous invite à le suivre à Toulouse pour un événement michto organisé par les potos, voir l’affiche ci-dessous !

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Jeudi 1er mai, après la manif qui montrera que la classe ouvrière existe encore et qu’elle emmerde capitalos, sociaux-démagos et fachos (on peut toujours y croire bordel !), viendez dans un  autre squat ivryen, Le Soft, 32 pierre Rigaud, pour un concert de ouf réunissant entre autres Cockney Rejects (cf l’ChériBibi n°1), Inner Terrestrials (cf l’ChériBibi n°4) et Vice Squad ainsi que le Chéribibeat Sound-System aux platines histoire de s’écouter un peu d’reggae entre les groupes ! Un festoche dont qu’on vous recausera et qui continuera les 9 & 10 mai avec notamment les vétérans pounks de Sherwood Pogo !

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Jeudi 8 mai, retour à 20h30 au Dilengo pour la projo du Retour à la 36e Chambre, kung-fu syndicaliste de Liu Chia-Liang (1980, cf l’ChériBibi n°3) !

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Vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 mai, ton ChériBibi tiendra une table à bout de bras au Salon du livre libertaire à l’Espace des Blancs-Manteaux (de fourrure) à Pantruche !

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Enfin, et avant le reste à inventer, le jeudi 22 mai à 20h30 au Dilengo, les « Jeudis de ChériBibi » projetterons Le Dernier Face à Face, western politique emblématique de Sergio Sollima (1967)… Et la contre-attaque ne fera que commencer !
Enfin, bon, ça fait un bout de temps qu’elle commence, mais on s’en fout vu qu’il est hors de question de renoncer à danser dans les rues !

MARS ATTACKS ! Publié le 7 mars 2014, par CheriBibi

Dans un monde idéal, pendant que le saumon frais se grillerait tranquille dans sa poêle, tu retournerais te vautrer dans le canapé avec un verre de Coteaux du Vendômois 2012 après avoir changé la face du disque –un bon cru de ton choix.

Dans un monde idéal, je battrais la mesure du pied adroit en mélangeant de la crème liquide et du beurre à portions égales dans une casserole où des échalotes hachées auraient précédemment bouillies dans du vinaigre blanc (jusqu’à évaporation complète du liquide).

Dans un monde idéal, tandis que j’incorporerais une pincée de sel, une pincée de poivre et une pincée de sucre à mon beurre blanc (crème + beurre + échalotes au vinaigre donc), nous n’aurions d’autres soucis que de savoir quel film se projeter après manger : western italien, chambara japonais ou vieille prod’ Roger Corman dénichée dans un vide-grenier ?

Dans un monde idéal, tu me dirais que le vin est savoureux et je te répliquerais que le disque l’est tout autant mais qu’aucun des deux ne saurait égaler ta peau.

Dans un monde idéal, tu aurais ce petit regard en biais accompagnant la moue amusée signifiant que tu n’es pas dupe de mes flatteries tandis que j’amènerais les assiettes parfumées contenant le saumon dans son beurre avec les petites patates à l’eau et les brins de persil qui vont bien… et le tout refroidirait le temps d’un long câlin nous emportant vers des lendemains qui chantent sous la douche.

Dans un monde idéal, cette soirée serait pareillement michto que tu t’appelles Mouloud et moi Bruno, Hannah et moi Yasmina, que tu sois d’ici et moi de là-bas, de Kiev et moi de Yalta, etc.

Mais voilà, on n’est pas dans un monde idéal et la douche est froide.
On est dans un monde où des peurs, des frontières, des check-points, des murs, des barbelés, des décrets, des préjugés, des cécités, des doctrines séparent les corps et les âmes. Un monde fait de coups de pression à répétition, de préavis d’expulsion, d’humiliations administratives, d’épées de Damoclès au dessus de la tête, d’air lacrymogène dans le nez, de balles dans les yeux, de grenades dans les oreilles, de bouillie dans le cerveau, d’amendes, de marrons, de châtaignes dans les dents, de ventres qui gargouillent, de saisies, d’extorsions, de meurtres programmés, accidents provoqués, viols banalisés, tickets à composter, papiers à justifier, cellules capitonnées, détergents, défoliants, massacres diplomatiques, proxénétisme politique, torture démocratique, sac mouillé sur la tête et prise électrique accrochée aux couilles matin, midi et soir… Et on a beau s’échiner à prodiguer des massages de paix et d’amour des orteils aux oreilles de cette putain de société, on sera toujours trop cinglés pour les gens raisonnables, trop pédés pour les homophobes, trop bronzés pour les racistes, trop femmes pour les misogynes, trop apatrides pour les nationalistes, trop communistes pour les fascistes, trop anarcho-autonomes pour les flics, trop juifs pour les antisémites, trop musulmans pour Charlie Hebdo… trop téméraires pour les lâches.

Et ça, mézigue, ça me coupe l’appétit.

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Je sais pas pour toi, mais à mon avis –ce n’est qu’une hypothèse- il y a eu quelque part, très loin à l’autre bout de cette galaxie ou d’une autre, un type qui s’est planté dans ses calculs au moment d’envoyer un nouveau-né dans une fusée interstellaire. Voilà, c’est ça, j’étais pas programmé pour la bonne planète (et si tu veux –à nouveau- mon avis, j’étais pas le seul).
En fait, il faut bien se faire une raison, je suis un extraterrestre échoué par erreur ici bas (ce qui expliquerais ma résistance surhumaine au chagrin et à la résignation ainsi que mes prodigieuses capacités sexu… Passons). On ne va d’ailleurs pas tarder à venir me chercher. Ouais. Dans une gigantesque soucoupe violente qui vengera tous les miens en atomisant Wall Street, le Pentagone, Matignon, le Kremlin et le commissariat de la place d’Italie. Alors, dans les flammes et les cris d’agonie, je partirais en faisant un ultime bras d’honneur aux derniers survivants d’un monde de morts-vivants même pas dignes de la recette de beurre blanc que m’a refilé pas plus tard qu’hier P’tit Pat le cuistot du Mange-Disc à Montreuil. En plus, j’aurais embarqué toutes les dernières bouteilles de Coteaux du Vendômois 2012 (le voyage durant longtemps) et ça sera bien fait.

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Mais bon, en attendant la vengeance céleste, étant toujours coincé sur cette maudite planète, il faut bien trouver à s’occuper. Et tant qu’à faire, l’extraordinaire mansuétude qui m’habite n’ayant d’égale qu’une extravagante modestie, autant partager quelques bons plans avant démolition. C’est vrai qu’annoncer de but en (beurre) blanc que tu vas peut-être te faire désintégrer la tronche* avant même de connaître la saison 5 de The Walking Dead et le résultat des élections municipales dans ton bled (ce qui revient au même), pardon, c’est un peu cavalier… de l’Apocalypse.
D’autant que ce mois de mars –dieu de la guerre et des barres au caramel mou- est particulièrement chargé en petits riens qui font du bien au sein du marasme quotidien. Et faire du bien au sein, hein, ça mange pas de pain.

Tiens, ce samedi 8 mars par exemple, journée internationale de la femme des uns sous les coups des autres (c’est bien connu : le sexisme quotidien, c’est toujours chez les autres que ça se passe… Toi t’es pas concerné, t’as offert une jolie montre waterproof à ta douce pour qu’elle se sente belle en faisant la vaisselle), le ChériBibi fermera pour une fois sa grande gueule durant la projection des premiers westerns européens (tournés en Camargue vers 1910, vous en saurez davantage dans le prochain n°9) au cinéma Nova à Bruxelles. C’est à 22h et c’est génial !

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Retour à Montreuil le jeudi 13 mars pour arroser le vernissage de l’expo de notre chère camarade Riri au Mange-Disc (elle, elle a un lave-vaisselle)…

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Virée nocturne obligée à Paris le vendredi 21 mars pour la seconde Night Of The Living Vinyl du Chéribibeat Sound-System de 23h à 5h du mat’ à La Cantada… et on remettra ça tous les 3ème vendredi du mois, avis aux danseurs fous !

Survivants de l’impossible, on arrivera peut-être à boucler (à) la fin du mois en un seul morceau de choix (le n°9 ?) le samedi 29 mars au Forum du fanzine et des éditions modestes qui aura lieu de 13h30 à 23h au bar Le Petit Ney, 10 avenue de la porte Montmartre à Paris.

Alors tu vois, on va pas se quitter fâché, y’a tellement d’occaz’ de se retrouver pour prendre des forces collectives histoire de proposer autre chose que la morne vallée de larmes de ton programme TV. En plus y’en a pour tous les goûts, y’en a pour tous les fous !**

* Pour échapper à la désintégration, une seule solution… la Révolution et s’abonner au ChériBibi (en fait, ça fait deux solutions). La liste des abonnés révolutionnaires sera en effet communiquée aux soucoupes géantes la veille de la fin de ce monde de merde.

** Puisqu’il s’agit de folie, la vidéo ci-dessus (l’incroyable concert que donnèrent The Cramps en 1978 à l’hôpital psychiatrique de Napa en Californie) fait écho à un article michto de nos camarades et néanmoins confrères d’Article 11 –dont le dernier n°15 contient entre autres un entretien épatant avec notre très cher Thierry « Cochran » Pelletier. Soutenez la presse libre ou mourrez !

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WALK THE LINE Publié le 11 février 2014, par CheriBibi

« L’homme est né libre et partout il est dans l’Efferalgan. »

Bordel aqueux, la boue encastrant mes pompes pèse pire que du plomb fondu… et cette putain de pluie noire qui dresse des hallebardes entre ciel et terre ! Il faut que je fasse un break, c’est complètement con de foncer en aveugle borné dans cette purée de poix à peine éclairée par les explosions intermittentes de copains sur des mines abandonnées. Stop. Pause syndicale. Je glisse le long d’un tronc moussu criblé de balles jusqu’à déloger une grenouille unijambiste de sa flaque pour y poser un cul. J’étend mes guibolles et pose l’AK47 graisseux dessus, un index indolore désespérément crispé sur la détente. Ma cuisse brûle sous le treillis déchiqueté dont l’épais tissu semble vouloir boire tout mon sang. Mes doigts gauches extraient une clope humide de son paquet froissé pour la glisser entre deux lèvres crevassées. Le briquet-tempête fait son office et mes yeux se ferment quand l’âcre goût envahi la gorge nauséeuse. Sous mon casque en fer, je pense à une petite gamine dont je vais encore louper l’anniversaire. Ouaip, c’est toujours pas cette année qu’elle me sourira au visage, toute fière d’avoir réussi à souffler une bougie supplémentaire… Une explosion plus proche que les autres me tire de ces rêveries inassouvies en m’éclaboussant d’un mélange tiède de boue et de tripes. Je me recroqueville contre l’arbre et rallume le mégot. Un boyau se prend pour un boa sur la branche d’à côté et la grenouille unijambiste s’est réfugiée dans mon gilet pare-quedalle. Je la ramènerais bien en guise de cadeau exotique histoire de voir briller les grands yeux de la môme, mais le chien n’en ferait qu’une bouchée. De toute façon, veinards comme on est, la batracienne et moi, y’a fort à parier qu’on finisse en viande hachée d’homme-grenouille bien avant d’être en vue du paillasson. Foin d’illusions, je crache la dernière braise dans la nuit en extrayant de ma poche de treillis la feuille de route plastifiée. Au loin, un con vide son chargeur sur des ombres. À la lueur vacillante du briquet-tempête, les instructions semblent danser sur le papier moucheté de sang :

« Se procurer par tous les moyens nécessaires un kilo de patates à chair blanche ; un pot de crème fraîche ; une plaquette de beurre demi-sel ; un petit morceau de foie gras ; quatre fines tranches de saumon fumé ; deux avocats ; de la purée de piment ; un carré de chèvre frais ; une petite gousse d’ail ; six tomates ; un citron ; de la moutarde ; de l’huile de sésame ; du sel ; du poivre. Mélanger le chèvre et les avocats jusqu’à formation d’une purée vert clair. Ajouter de l’ail émincé, une demi-cuillère à café de purée de piment, un peu moins d’un demi-citron, sel et poivre. Rouler la préparation obtenue dans les tranches de saumon. Cuire les patates à l’eau, les couper en morceaux et les faire revenir à la poêle dans le beurre. Dans une petite casserole, mélanger à feu doux un demi-pot de crème avec un peu de foie gras émincé ; poivrer. Couper les tomates en dés ; mélanger  l’ail, le jus d’un demi-citron, une bonne cuillère de moutarde, deux cuillères à soupe d’huile, du sel, du poivre. Répartir tomates et patates dans deux assiettes. Verser la sauce crème-foie gras sur les patates et la sauce moutarde-citron-huile sur les tomates (et non pas l’inverse) après avoir préalablement servi les rouleaux saumon-guacamole. Déboucher une ou deux bonnes bouteilles de blanc une petite heure avant. » 

Le brouhaha de l’orage rivalise à présent avec le fracas des tirs de mortier en provenance de la colline voisine. La grenouille tremble de peur contre mon cœur. Du foie gras, du saumon et de l’huile de sésame ? Arrosés sans doute d’un Côtes du Jura au parfum délicatement fumé ? Y’en a qui s’emmerdent pas dis donc. Putain de guerre.

PS : Les yeux cernés par les tirs de mortier mortifères, j’allais oublier quelques annonces urgentes car en retard : ce mardi 11 février, le festoche Sons d’Hiver s’installe au Hangar à Ivry avec, dès 18h30, une rencontre au sommet entre les militants chômistes de l’Apeis et les rappeurs Invincible & Waajeed en provenance directe de Détroit, glorieuse ville sinistrée de la Motown, des Stooges et du MC5. On y causera des misères et résistances d’ici et là-bas (suivi d’un concert evidently) vu qu’il est hors de question de se résigner à resigner pour quelques années additionnelles de malheur poissard !

Ce 11 février, c’est aussi la tant attendue sortie (numérique) d’une première partie de l’intégrale des Witches Valley, putain de groupe country-hardcore expérimental fêlé dont le père Cochran causait dans le ChériBibi n°2. Vous pouvez vous procurer la chose ici en attendant une parution CD et vinyle courant 2014. Le 1er LP, The Extreme Return To The Source (1990), sera quant à lui aussi dispo numériquement à partir du 24 mars (et écoutable d’ici là chez moi en vinyle d’origine avec un p’tit Côtes du Jura). Big up à la miss Kim Ohio qui a vendu son nœud coulant pour ressortir ces démentiels sons des oubliettes !

Ce jeudi 13 février, l’émission Entre Chien Et Loup (de 20h30 à 22h sur Radio Libertaire 89.4) rediffuse la séance « Spéciale racines du rock » de 2011 ousk’étaient invités Maître Madj (ex-Assassin), Don Blades et moi-même (futurs assassins), l’occaz’ de réécouter une discussion anthologique (et fendarde) !

Pis le vendredi 21 février, viens danser ta nuit entre 23h et 5h du mat’ à La Cantada (13 rue Moret, M° Ménilmuche) car à l’heure où une touche d’ordinateur prétend agiter les foules jusqu’au matin (c’est d’un commun…), le ChéribiBeat Sound-System prouve à tes gambettes que quelques galettes vinyliques amoureusement sélectionnées valent bien mieux qu’un clic automatisé pour enclencher le déclic qui fait virevolter les souris sur le dancefloor !

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Allez, une roulade dans la boue, un rétablissement sur le genoux qui fait mal, il s’agit de courir plus vite que les balles en attendant un nouveau répit propice à évoquer le reste à venir dans le fracas des explosions qui donnent bonne mine (n’y voit rien d’antipersonnel). Ah, si seulement on pouvait vivre sa vie autrement que comme un parcours du combattant… Guerre à la misère !

Make your own press or go fuck yourself ! Publié le 6 février 2014, par CheriBibi

« All you need is ideas »… and guts.
Pour les non-anglophones (qui vont hélas être bien à la peine avec la vitale vidéo ci-dessous d’où est extraite la phrase entre guillemets ci-dessus), ça veut dire qu’il s’agit de créer ses propres médias plutôt que chialer sur la déliquescence de la presse commerciale sur papier (pas assez rapide à crever selon nous) et l’évanescence d’une presse internet marquée par un zapping mortifère. On s’en est déjà causé ici même, toi-même t’as vu.

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Pour faire concis –vu qu’on aura plein d’autres trucs michtos à annoncer dès cette nuit-, diverses rencontres se profilent incessamment ce week-end afin d’affirmer la vitalité d’une production DIY en papier passionnée et le fait indéniable qu’elle soit en outre beaucoup plus aisée à réaliser que veulent nous laisser croire les soi-disant professionnels de la désinformation imprimée !

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Ce samedi 8 février, deux initiatives ont lieu à Paris (voir flyers ci-dessous) et une autre se profile le 29 mars prochain (idem). Inutile de préciser que vous êtes fortement conviés à y aller !

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Et si la redondance de ma prose incitative n’a pas eu l’effet escompté, peut-être bien que ce superbe reportage de la BBC daté de 1980 vous donnera vraiment envie… On y suit, à Telford (« ville nouvelle » datant des années 60 et située à 28 km à l’ouest de Birmingham au Royaume-Uni… autant dire que c’est la zone), la petite équipe punk & skin du zine Guttersnipe. Au coeur d’une putain de « ghost town », cette publication alternative tirée à 400 exemplaires causait de musique, de politique, d’antiracisme, de la difficulté de trouver un job, informait sur l’avortement, bref, évoquait avec le langage de la rue la réalité du quotidien des jeunes du coin comme s’en gardaient bien de le faire les journaux officiels (préférant, eux, fustiger l’utilisation du « four letters word » -le mot « fuck »- dans les pages de Guttersnipe…). Nul doute que la passion qui les anime -tangible tout au long de ce reportage- saura trouver, fusse 30 ans après, un écho auprès de toutes celles et tous ceux qui bataillent contre l’ennui fatidique généré par cette société de l’obsolescence programmée.
(Faîtes gaffe, la vidéo a tendance à commencer au milieu et pas au début -le punk ça bug semble-t-il)

De mon côté, je retourne au chantier chéribibesque (y’aura comme dit plus haut d’autres annonces dès très bientôt) avec la satisfaction d’avoir placé dans un même post les mots « déliquescence », « évanescence » et « obsolescence » (je te prend quand tu veux au Scrabble… ou directement sur la table).

Ah, et les photos illustrant ce message à caractère incitatif sont témoins des intenses séances de taf au cutter et à la colle du camarluche Thierry Alcouffe sur l’avant-dernier Rotten Eggs Smell Terrible (« spécial ChériBibi ! ») qui, bien qu’épuisé à l’heure qu’il est, reste néanmoins téléchargeable et histoire de l’imprimer soi-même. Fonce Thierry, tu donnes envie !

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Nobody move, nobody get hurt Publié le 22 décembre 2013, par CheriBibi

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« À ce stade, ce n’est plus, croyez-moi, le gouvernement qui est en cause, ni les institutions, ni même la France. C’est notre civilisation elle-même. » (Georges Pompidou devant l’Assemblée nationale, le 14 mai 1968)

Petit papa Noël, donne donc leurs pains quotidiens aux affreux qui prétendent nous gouverner et offre une paire de c… aux soi-disant leaders de la cause du peuple.

Petit papa Noël, je sais bien que tu t’es suicidé lors de l’apparition du chauffage central, mais fait un effort merde. Au pied du sapin j’ai les boules, alors je t’enguirlande : tu m’avais fait croire, salaud, qu’il suffisait de regarder les étoiles un soir d’hier pour entrevoir la lumière. Sauf qu’elle clignotais, verte, comme une sortie de secours sous-alimentée.  Et bon, ça donnait pas envie.

J’ai rêvé de palais, de sable chaud, de peau brûlée. De déambuler le long de la highway dans une Chevrolet millésimée. T’as fait quoi pour moi, enfoiré ? De mes rêves d’enfant, d’égalité ?

Des Playmobils qu’ont la belle vie à crédit, la cause du peuple… comme des airs de vieux refrain maoïste. Elle a bon dos la cause du peuple. Mise à toutes les sauces par des cuisiniers fauchés au niveau des idées.

Tout va bien : le punk est dans les musées, le hip-hop dans les galeries, les skinheads dans L’Express et la techno sur Pornhub. Tu regardes ta face dans la glace façon Travis Bickle en te demandant jusqu’à quelle profondeur vas-tu pouvoir endurer la réalité…

T’avais fait confiance à l’amour de ta vie mais tu sais plus quoi penser. Oublier ou t’acharner ? Te couper les veines ou lutter ? Pour un CDD, un contrat précaire avec un beau compte de Noël comme seul horizon.
La passion n’offre plus aucune plus-value. Quantifiée, détériorée, elle te suce les veines pour nourrir un gros plein d’soupe que tu ne connaîtras jamais. Crève donc. Ou mets des taquets aux murs de la résignation. Des pains aux affreux qui prétendent gouverner nos (en)vies. Un cunnilingus à la lueur éclairant des jours meilleurs. Se faire du bien c’est leur faire du mal. Nuire aux nuisibles en jouissant dans leurs rideaux. Et tutti-quanti.

Tu ne piges rien à ce que je dis ? C’est parce que j’écris en écoutant Cock Sparrer, ça fait toujours son effet. Mais franchement, entre nous : le soir de Noël, tu ne repenses pas à tes rêves enchantés ? À quand que t’étais môme, dans ce mélange de haine et d’envie pour tout ce qui t’échappais ?
Ma haine est amour, je veux tout détruire, tout construire ! Tu me suis ? Ou me précède, c’est aussi bien, on se retrouvera autour d’un verre de blanc sur ce petit banc, dans le parc enneigé des amants. Malchanceux.

La révolution de l’an nouveau, je veux la commencer contre ta peau.

I fink u freeky and I like you a lot Publié le 17 décembre 2013, par CheriBibi

Quand j’étais petit, mon papa il m’emmenait des fois à l’école le matin vu qu’il travaillait pas loin. Mais avant qu’il m’emmène à l’école, on allait au bistro pour tremper des tartines beurrées dans le chocolat chaud en lisant des journaux. Même que je mettais du chocolat partout parce que je lisais en mangeant. Alors mon papa il levait le nez de son journal et il me grondait, menaçant de me retirer mon précieux illustré si je continuais à m’éparpiller.
J’aimais beaucoup les journaux, surtout Pif Gadget, Spirou, Conan, Strange, Spidey… et aussi Pilote, Métal Hurlant et L’Écho des Savanes. Mais ça je les lisais en cachette à la maison vu que je connaissais la planque. Mon papa, lui, au bistro il lisait L’Humanité, et des fois aussi Libération et Le Parisien. Il est probable d’ailleurs que c’est en cherchant dans L’Huma le strip quotidien de Pif le chien que j’ai entendu parler pour la première fois de l’Apartheid.
L’Apartheid c’était tout en bas de l’Afrique, plus bas que les pays où y’avait la famine des petits enfants qui faisaient chanter Mickael Jackson pour envoyer des avions jeter des sacs de riz dans le désert où le Petit Prince est mort sans revoir sa connasse de rose socialiste (n’est pas Bernard Kouchner qui veut).
Dans l’Apartheid, c’était un peu comme chez les nazis d’Hitler. Il n’y avait que la couleur des juifs qui changeait.

Moi, j’aimais pas les nazis et les épinards. Et on ne m’en fera d’ailleurs pas plus avaler aujourd’hui qu’hier.

Comme il se trouve que dans notre bonne ville d’Ivry, mon papa et moi on était loin d’être les seuls à lire Pif Gadget et L’Huma, il y avait souvent des évènements organisés contre l’Apartheid. Surtout par la JC.
La JC, c’était les jeunes communistes qui avaient adhérés à la JC contrairement à moi, bien qu’au collège j’étais amoureux d’une adhérente qui m’avait ramené à un congrès où j’avais fait des sandwichs. Mais quand Georges Marchais a voulu me faire chanter La Marseillaise, j’ai déchanté. Je voulais bien adhérer à l’adhérante et faire des sandwichs pour la cause du peuple, mais pas chanter La Marseillaise. Après, je suis allé en vacances en URSS, j’y ai vu le Kremlin-même-pas-Bicêtre et Lénine tout aplati comme un tube de dentifrice dans son cercueil en verre qui m’a expliqué que « c’est la pratique de la théorie révolutionnaire qui dénonce la représentation du prolétariat, c’est-à-dire la bureaucratie, comme classe dominante de substitution pour l’économie marchande », donc j’ai volé un 33T des Cramps en rentrant en France et on s’égare…
Quoiqu’il faut bien avouer que les Cramps c’est vachement mieux que Johnny Clegg.

Pour en revenir à nos moutons noirs tondus par les mangeurs d’épinards nazis, j’ai donc très jeune appris pourquoi il ne fallait pas acheter de l’essence à Shell avec mon argent de poche et qui étaient Nelson Mandela, Steve Biko, Chris Hani, Solomon Mahlangu et l’ANC.
Bref, déjà tout petit je détestais l’Apartheid, et je le déteste toujours même si maintenant il s’appelle autrement dans d’autres pays que je ne nommerais pas histoire d’arrêter de digresser, mais où ils aiment davantage les murs que les palestiniens.
Aussi ça m’a fait comme un vide quand j’ai appris la mort de Nelson Mandela. Evidemment, on s’y attendais un peu plus que la mort brutale et choquante de Dulcie September en 1988, ou celle de Coluche deux ans plus tôt. Sauf que Dulcie September on est sûr qu’elle a été assassinée. Ses meurtriers mandatés courent toujours d’ailleurs. Ou plutôt ne courent pas vu que personne ne s’est vraiment acharné à les poursuivre.

Nelson Mandela, c’était un peu mon Fidel Castro à moi. Je veux dire… on ne pense pas une seconde qu’un jour il va mourir. On croit dur comme fer qu’il sera toujours là, fier symbole des combats de notre prime jeunesse (Mandela, pas Castro). Ah, comme on était heureux mon papa et moi quand il a été libéré ! On est monté dans la Lada Niva et on a roulé dans Paris en fête : tout le monde klaxonnait en brandissant des drapeaux de l’ANC ! C’était vachement plus beau que le 3-0 de 1998 ! C’était comme si, pour une fois, on avait tous gagné. Ensemble. Contre les nazis et les épinards.

Mais voilà, aujourd’hui je ne suis plus si petit, je ne vais plus le matin au bistro (ou c’est que je n’en suis pas sorti depuis la veille), ni à l’école ou en URSS d’ailleurs… et force est de constater qu’il reste encore des nazis et des épinards en vie. Force est de constater qu’en Afrique du Sud, le pays où y’avais l’Apartheid, les anciens bourreaux se sont excusé du bout des lèvres tout en gardant le bout des doigts dans la poche de la populace. Force est de constater qu’aucune des nationalisations des terres, usines et mines promises par la Charte de la Liberté* adoptée en 1955 par l’ANC et le Parti Communiste Sud-Africain n’ont été réalisées par le premier président noir du pays. Que les quelques 650 actionnaires de la Banque Centrale d’Afrique du Sud sont à 99 % issus de la bourgeoisie blanche. Que le 16 août 2012, dans les mines de platine de Marikana, 34 mineurs en grève ont été assassinés par la police sans qu’un seul fonctionnaire de la gâchette ne soit réellement inquiété. Que bien évidemment, les victimes étaient toutes noires de peau sous la poussière de l’exploitation minière.
Force est de constater que le capitalisme sud-africain a très bien compris que se débarrasser de son image raciste faciliterai sa pérennité. Qu’il sait jouer aux échecs et sacrifier son fou de guerre pour bouffer ton cheval de bataille afin de préserver sa tour d’ivoire. Les nazis et les épinards savent se déguiser en inoffensifs brocolis. Salopards.

Alors quoi ? Encore un long texte pour dire combien l’espoir est vain face aux lâchetés et aux trahisons ? Combien s’en est fini des naïfs petits-déjeuners à s’émerveiller devant les exploits humanistes de Pif et Conan faisant plier les trônes de fer sous leur sandale de cuir prolétaire ?

Non. Jamais. Il faut sauver les petits-déjeuners des enfants du monde entier.

Le matin, j’ouvre ma fenêtre et regarde au loin, au-delà de Vitry-sur-Seine, Villeneuve-St-Georges et Orly… jusqu’en Afrique du Sud (mon opthalmo est une pro). Et ce que je vais vous dire à présent vous paraitra sans doute plus fantasque que tout ce qui est écrit ci-dessus et dans L’Huma que lit toujours mon papa à cette heure-là, mais il y a des signes qui ne trompent pas.
Depuis mes 9 ans, je fais des petits journaux qui causent grosso-modo de culture populaire. Grosso-modo donc, j’observe la marche du monde par le prisme de ce qu’elle produit dans ce domaine (de classe). Et malgré tout mon attrait pour les productions-culturelles-super-obscures-que-personne-il-connaît-à-part-toi-et-moi-au-fond-de-la-cour-de-récré, il y a en ce moment même en Afrique du Sud un groupe d’artistes barrés, à présent super connus (mais qui ont un sacré passif dans l’underground local), représentant de manière assez inattendue la « nation arc-en-ciel » chère à ce cher Nelson tout en jouant superbement avec les clichés. Ce succès –international-, non seulement ils l’ont gagné à force de créativité, mais ils ne bradent pas cette dernière au plus offrant, gardant le complet contrôle de leurs délires en s’autoproduisant. Vous les connaissez (vu qu’ils ont du succès), ils s’appellent DIE ANTWOORD.
Et moi, c’est le genre de truc qui, outre de réconcilier quelque part les Cramps avec Johnny Clegg, me donne la pêche au petit-déjeuner.

Voilà. Peut-être au fond suis-je un gars tout ce qu’il y a de plus normal**, qui déteste ce que tout le monde prétend détester (l’Apartheid, les nazis et les épinards) et qui aime ce que tout le monde prétend aimer (Nelson Mandela, le sexe oral et Die Antwoord), mais après tout, c’est avec ce genre de points communs que tout le monde se sent lié à l’Humanité (en kiosques), non ?

 

 

*Passage de cette Charte de la Liberté non-retenu par la nouvelle Constitution sud-africaine votée en 1994 : « La richesse nationale de notre pays, le patrimoine et l’héritage des Sud-Africains, sera rendu au peuple : Les richesses minérales du sous-sol, les banques et les industries qui ont un monopole doivent être transférées à la propriété du peuple dans son ensemble et en entier. Toutes les autres industries et commerces doivent être contrôlés par le gouvernement afin d’aider au bien-être du peuple.»

**Comme on s’refait pas, pis qu’y faut bien avouer que j’aime la compagnie (moins communément appréciée du grand public) de pas mal de freaks décalqués du bulbe -travelos cinéphiles, skinheads situationnistes, féministes qui jouent les poufs bombastic (really fantastic !) et autres frimeurs assumant leur autodérision subversive-, je vous en remet une couche. Oh, ces clips ont déjà maintes fois fait le tour de la planète et Die Antwoord n’ont pas besoin de mézigue pour leur promo, mais ça fait mon bonheur de relayer ici leur folie aérée faisant le lien -comme disait le camarade Wu Ming 1 dans l’dernier Chéribibi- entre «culture académique et culture populaire donc politique» in u face !

On n’en a pas fini avec toi ma gueule ! Publié le 1 décembre 2013, par CheriBibi

« Se référer en permanence et exclusivement à ce qu’on a été capable d’accomplir par le passé sonne comme un aveu : on n’est pas prêt à le refaire » Felipe Orero aka Pepe Martinez

Wesh gros(se), on en a fait des trucs ensemble (ou pas). On était jeunes, beaux, passionnés. On mordait la vie à pleine dent… Et maintenant ? Tu regardes le monde partir en couilles à la télévision entre deux spots de pub pour la bagnole et le parfum sensés changer ton existence ; un cache-misère bien-comme-il-faut te caresse le genoux histoire de s’assurer que rien ne viendra perturber le train-train quotidien, que les relents d’un passé d’aventure n’iront point s’immiscer entre tes reins jusqu’au cœur et au cortex anesthésiés. Comme tout un chacun(e), t’as laissé pisser aux pertes et profits les souvenirs d’une jeunesse foutraque à remuer le monde. Même plus besoin de sévices militaires obligatoires pour rentrer dans le rang, fini le temps où t’avais la rage dans le sang. C’est beau, c’est propre. Félicitations. Tu vas peut-être même acheter une maison.

Et moi, je me marre.

Désolé, c’est pas que c’est drôle, c’est juste un rire nerveux. Après tout, c’est sûrement de ma faute, j’ai dû louper le coche. Adolescent pour l’éternité, qui a oublié d’oublier les frasques d’un passé turbulent. Encore à fond dedans. Prêt à refaire indéfiniment les conneries foldingues de ses vingt ans. En pire… ou en mieux.

Il y a onze ans, nous (les comités de chômistes et précaires en colère) organisions la « première » manif contre le chômage. Non pas pour l’emploi, mais contre l’usage du chômage pour compresser nos vies.
Il y a onze ans, cette première manif s’est terminé au Bon Marché, dans un face à face à coup de denrées plus ou moins alimentaires avec la flicaille. De bons souvenirs, même si les 9 manif suivantes furent moins agités. Faut dire qu’à présent, on est tricard des beaux quartiers, des beaux étals à se réapproprier pour se réapprovisionner. Reste le principal : la fraternité.
Ce samedi 7 décembre, c’est donc la 11e manif contre le chômage et la précarité. Pour la justice sociale, la seule, la vraie. Et vous y êtes conviés.
On vous incite même à y aller en masse, marre de n’être qu’une poignée à défendre pour tous l’essentiel : des vies vécues pleinement, autrement qu’a minima ; une solidarité obligée des derniers de la classe (sociale) ; un hiver au chaud quitte à se cailler un aprèm’ dans la rue entre Stalingrad et Place Clichy. Ouaip, on se serrera les coudes et le reste pour se réchauffer cœur et cortex. Et même si tu ne viens toujours pas, on le refera autant qu’il faudra. Si ce n’est cette fois, un jour tu comprendras.

AFFICHE 7 DÉCEMBRE 2013 web

 

La veille, soit le vendredi 6 décembre, vient donc danser gratos avec nous pour accumuler les bonnes vibes qui font du bien au Chinois, Métro Croix de Chavaux à Montreuil. Vrai, les Sarah Connors (qui fêtent la sortie de leur formidable deuxième super album) et le Chéribibeat Sound-System pousseront le chauffage à fond seen ?

affiche chinois 6 dec 2013 copie

Pis le lendemain de cette manif forcément historique, vient faire un tour en Gelbique : le Chéribibeat Sound (encore lui !) fera des siennes à Liège ce dimanche 8 décembre alongside DJ Bon Goût à la Peggy Lee Cooper’s Birthday Bash, un cabaret burlesque et plus si affinités avec le duo féministo-charcutier mirifique et sublime Boudin & Chansons, mais aussi Valentine Deluxe, Benny Fresco, Les Sœurs Mounir, Peggy Lee Cooper & El Fenouille évidemment !  C’est dans une place assurément vachement sympa qui s’appelle La Zone, 42 quai de l’Ourthe à 20h et c’est 7 pauvres euros pour voir des belles filles (comme Fleur et Sara), des beaux gars (comme moi) et écouter du bon son en guinchant jusqu’au firmament !

T’as pigé comment qu’on vit not’ folle jeunesse éternelle avec fromage ET dessert? Sound-systems, manif et concerts, histoire de ne rien lâcher en beauté…
Avec vous, pour flotter, me Liège !

La bibise ma caille.

Ils bravent la loi

La bannière de promotion de la sortie du Chéribibi n°8

Chéribibeat

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